On dirait le sujet d'une dissert pour un exam. Pourtant c'est une vraie question, que je me pose vraiment.
Il y a des gens qui ne comprennent pourquoi matt et moi sommes ensemble : il y a en effet de grosses différences de personnalité : il a 10 ans de plus que moi, est plutôt flegmatique, se met rarement en colère, est très à l'écoute mais est aussi autoritaire, voire péremptoire ; moi, je m'emporte facilement, je suis passionné, colérique, assez dogmatique, mais je suis aussi généreux et logique.Bien des gens s'imaginent de moi la personne que je ne suis pas : egocentrique, méchant, délinquant, dilettant, loufoque, pessimiste. Pendant des années, j'en ai joué, tant je trouvais ces préjugés complètement débiles. Mais je me suis rendu compte combien ces réactions extérieures m'ont bousillé de l'intérieur. Quand vous essayez pendant longtemps, inlassablement, de prouver aux autres que vous n'êtes quelqu'un de mauvais, et que les gens restent butés, on finit par intégrer leur haine, leur mépris.
J'ai vécu beaucoup de traumatismes dans ma vie. Agressions sexuelles, harcèlement scolaire, violence familiale, exclusion sociale, drogue.Fut un moment où je me voyais comme un clochard, je vivais même partiellement dans la rue. Matthew a été la seule personne à me redonner confiance en moi et en la vie. Malgré nos tempéraments différents, on se complète, on se comprend, on évolue ensemble. Mais je ne peux pas non plus nier l'importance que les traumas ont eu dans mes décisions de vie. Ma décision de devenir prêtre est irrévocable. Je ne sais pas si cela va se réaliser, mais tous les traumas que j'ai endurés à cause des autres ont tué une partie de moi, c'est définitif. Quand on décide de couper les ponts avec la société, quand on refuse de vivre comme tout le monde, c'est parce qu'on ne se remet pas de blessures trop fortes. Il y a 2 ans et demi, j'ai cru que j'allais mourir. J'avais régulièrement des douleurs cardiaques, je picolais une fois de trop, je n'arrivais plus à rien professionnellement. Tout ça à cause de deux crétins qui, ne me connaissant pas du tout, avait décrété que j'étais quelqu'un de mauvais, un "énergumène" qu'il fallait absolument fuir. Même aujourd'hui je n'arrive pas à en parler, car ce fut un état de choc qui m'a profondément, viscéralement secoué. Heureusement que le christianisme m'a sauvé, sinon ...