dessin
Il y a environ 6 ans, j'ai fait cet auto-portrait. Je ne suis pas ce qu'on appelle doué en dessin, mais j'aime dessiner. Cela me détend et ,surtout, me permet de projeter sur
papier un trop-plein d'émotions. Avec ce portrait, j'ai essayé d'y transposer la façon dont je me perçois.
Avoir écrit des livres m'a fait beaucoup de bien, surtout "la destinée du cygne noir". Je me suis souvenu de l'enfant que j'étais avant d'être traumatisé. Je me suis souvenu de ce que représentait pour moi, dans la naiveté de l'enfance, l'homosexualité.
Pour moi, c'était une sorte de cadeau. Je me sentais fier d'être homosexuel. Même si on me tapait dessus, même si on m'insultait à l'école, je voyais dans mon attirance pour les garçons autre chose qu'un simple désir sexuel. C'était toute une sensualité.
J'ai toujours été quelqu'un de charnel, de tactile. J'ai besoin de toucher, de me sentir aimé, d'aimer, même si c'est éphémère. Je suis d'une nature romantique. Hélas, fréquenter les gays m'a beaucoup changé. Quand j'étais enfant, les gens autour de moi savaient que les homosexuels étaient efféminés, ça allait de soi. Puis plus tard les gays ont changé, ils sont devenus caricaturaux : des mecs bien musclés, tatoués, sexuellement hyperactifs. De quoi est-ce que j'avais l'air, moi, avec mon air efféminé, maniéré, précieux ? J'étais TROP DOUX pour les gays que je rencontrais. Alors on m'a poussé à devenir ce que je n'ai jamais aimé être : provocateur et vulgaire.
A mes yeux d'enfant, l'homosexualité était un trésor qui me permettait de ne pas être aussi grossier et sale que les mecs que je voyais à l'école. J'avais horreur des bagarres, du sang. Je préférais lire, faire de la danse.
Pendant des années, cette image vulgaire que j'avais développée m'a collé à la peau. Mais arrivé le long de cette année, je me suis heurté à moi-même. Mes souvenirs me donnaient la nausée. Quelque chose semblait terriblement usé en moi, cassé. Avoir écrit ce roman sur l'homophobie m'a permis de me remémorer la fierté que je ressentais à l'idée d'être homosexuel. La fierté, pas la honte.
C'est con à dire, mais je ne supporte plus le mot "gay". Je l'ai associé au porno et à la gay pride où j'ai vu nombre de gars dégueulasses. Je riais, faisais semblant d'apprécier ce que je voyais, mais dans le fond ces gars me faisaient peur. J'ai réalisé combien j'étais mal à l'aise avec les "gays" qui montrent leur cul à tout-va. Et il y a en a beaucoup. Comme si être gay aujourd'hui était devenu une sorte de jeu malsain.
Je suis fier, et impressionné, par mon évolution. Fier de m'être marié avec un homme qui est pour moi un modèle, fier d'être papa malgré tout. Je ne sais pas dans quel sens mon ressenti va partir à l'avenir, mais je suis content d'avoir fait un retour en arrière pour me rendre compte combien je suis loin, bien loin, de la personne vulgaire qu'on m'a forcé à devenir.
Ce que je trouve néanmoins très grave (et dont on ne parle pas assez),c'est que j'ai vécu une sorte d'homophobie "à l'envers", en ce que ce sont les gays qui ont été violents envers moi, les gays qui m'ont fait croire que l'humiliation sexuelle était une chose normale. Je voulais juste être aimé, voilà pourquoi je faisais tout ça. Mais j'ai fini par me déstester, me hair. "Alex la salope, la pute", voilà comment on m'appelait. Je n'ai pas les mots pour décrire ce que ça a fait en moi. Explosion. Massacre.
Je me sens délesté d'un poids énorme.
Sur ce dessin, donc, je me projette comme je me vois : sensuel, nu, vulnérable, je me raccroche aux autres, féminin. Et non, je n'ai pas honte