J'ignore quand ce livre a été publié, probablement fin 19e ou début 20 ième, mais il est à mes yeux une réussite. Non seulement Robert Fatrelly propose
une biographie claire des évènements de la vie de john bunyan, mais dans la seconde partie il explore sa personnalité et ses oeuvres. Car john bunyan est, en Angleterre, un héros national, une sorte de robin des bois évangélique. Ce fut une âme tourmentée, à une époque où le Puritanisme faisait rage en Angleterre. Vivant au 17e siècle à Bedford, bunyan a dénoncé les sectarismes de l'église catholique. Il fut même mis en prison pendant douze ans parce qu'il a prêché l' Evangile sans autorisation. C'était le début du protestantisme, bunynan professait le salut par la grâce, doctrine de la justification par la foi défendue par Luther. A l'époque, c'est très mal perçu par les autorités religieuses, d'autant plus qu'il est chaudronnier de métier, et n'a jamais été officiellement ordonné prêtre, ainsi ses prédications sont vues comme diaboliques.
Bunyan vit à une époque obsédée par l'Enfer. Lui-même traumatisé par beaucoup de peurs, il ne s'en délivrera que par l'étude de la Bible dont il tirera un talent d'écrivain. C'est pendant son séjour en prison qu'il écrivit un certain nombre de ses ouvrages. En tout, il publia 60 livres, dont son allégorie autobiographique "le voyage du pélerin", apparemment aussi connue aujourd'hui pour les protestants que "L 'imitation de jesus christ" pour les catholiques.
L'auteur décrit très bien la personnalité extrême, passionnée et tourmentée de john buynan, coeur de poète romantique avant l'heure. Il y a un aspect chevaleresque dans son attitude de prédicateur, violente, agressive et exaltée, typique des Puritains. John Bunynan me fait penser à un mousquetaire, luttant dignement pour ses idées, avec force et courage devant l'adversité qui le harcèle. Il est encore perçu comme une figure populaire révolutionnaire, proche des petites gens comme l'était jesus-christ.
"C’est qu’il est inlassablement et passionnément, l’ennemi des sectaires et des esprits étroits. Sa vision de catholicité du Christianisme, au dessus des barrières si follement
dressées par le sectarisme fanatique, enflamme toujours son enthousiasme et sa foi"
«Qu’un homme soit aussi dévoué que possible à la loi et à la sainteté de la loi; si cependant les principes sur lesquels il agit ne sont que les habitudes de son âme, la pureté — pense-t-il — de sa propre nature, les commandements de sa raison naturelle, les décrets de la nature humaine, tout cela n’est rien d’autre en définitive que le vieux gentleman dans ses habits du dimanche, le vieux cœur, le vieil esprit; nous sommes en présence de l’esprit
de l’homme, point de l’esprit de Christ!"
doctrine de la justification par la Foi
"«Ma souillure originelle et cachée, voilà ce qui faisait ma douleur et mon tourment, ce qui nie rendait à mes propres yeux plus répugnant qu’un crapaud; et j’étais persuadé qu’il en était de même aux yeux de Dieu. Le péché, la corruption coulaient de mon cœur comme l’eau d’une fontaine. J’aurais volontiers donné mon cœur à n’importe qui pour avoir le sien en échange. Je pensais que le Diable seul pouvait m’égaler en perversion intime et corruption d’esprit. Assurément, pensais-je, je suis abandonné de Dieu; et je restai dans cet état pendant plusieurs années."
"C'est le récit de cette épopée de sainteté. Nous sommes en présence d’une âme cyclonique. Elle est jetée d’un mouvement brusque de l’extrême joie à l’extrême désespoir. Les chapitres haletants nous laissent l’impression que parfois cet homme est un halluciné et que, enfermé dans un cabanon, Il se jette, harcelé par de mystérieuses visions, tantôt sur une paroi, tantôt sur une autre, avec une violence désordonnée. Nous le voyons soudain soulevé par une joie impétueuse, et sa prose d’airain résonne comme une cymbale. Mais aussitôt après, et sans transition, c’est de nouveau l’affreux découragement, où Il se déchire les chairs dans les transes d’une vision de l’enfer."